Avec une population de plus de 17
500 000 habitants, Madagascar est le pays le plus peuplé de la région Océan
Indien. Il se situe également parmi les plus pauvres, avec 70 % de sa
population vivant en dessous du seuil de pauvreté. Classé au 146ème rang sur
177 (Rapport 2005 sur le développement humain - PNUD), son indice de
développement humain (0,499), qui le place parmi les PMA de la planète, révèle
une situation de pauvreté croissante.
Le taux d’analphabétisme demeure élevé chez les plus de
15 ans (30% en milieu urbain, 60% en milieu rural) et l’espérance de vie
globale de 56 ans n’atteint pas 40 ans pour 30% de la population.
Les conditions de vie restent précaires et les services
de base nettement insuffisants dans tous les domaines (santé, éducation, eau et
électricité notamment). Cette précarité a été renforcée suite à la crise
politique de 2002 et ses conséquences économiques, ainsi que par les
difficultés énergétiques actuelles. Ce contexte pénalise en premier lieu les
populations les plus vulnérables, les personnes en situation de handicap.
Causes et facteurs
de risque de déficience et incapacité
Le handicap demeure relativement mal connu à Madagascar en l’absence de
recensement systématique. Le nombre exact de personnes handicapées ainsi que la
répartition par type de déficience n’est pas connu. Toutefois, l’OMS s’accorde
à indiquer que dans le monde, 10 % de la population nationale présente au moins
un type de handicap.
Dans un pays comme Madagascar où les grossesses restent peu suivies, où
de nombreuses femmes accouchent en dehors des structures sanitaires, où le diagnostic
précoce est limité et où le système de santé ne dispose pas des moyens de
prendre en charge les différentes déficiences, où la prévention des risques
tant dans la vie quotidienne (y compris prévention routière), la santé
(vaccination) que dans le monde du travail reste insuffisante et où la
malnutrition à l’origine de certaines déficiences mentales reste une réalité
urbaine et rurale, la part des personnes handicapées dans la population totale
est sans aucun doute beaucoup plus élevée.
Perception malgache du
handicap
Par ailleurs, il est important de noter que la culture malgache considère
le handicap de manière très négative et que cette perception dévalorisante est
totalement intégrée par les personnes handicapées elles-mêmes. Le COPH a ainsi
participé à la réalisation d’une enquête dans la région de Fianarantsoa sur la
perception socio culturelle du handicap, étude réalisée en collaboration avec
Handicap International dans le cadre d’un projet de promotion des droits des
personnes handicapées (SAPESH). Le
résultat complet de cette enquête est disponible auprès du CRDH « espace
association ».
Cette étude révèle que le regard
porté sur le handicap est rarement neutre, tant parmi les familles de personnes
handicapées que dans la communauté en générale. Les comportements qui en
découlent contribuent à maintenir la personne handicapée dans un isolement
accentuant le handicap initial.
Les personnes handicapées
considèrent le handicap comme un destin à assumer jusqu’à sa mort, voire comme
une punition. Le handicap résulte d’une transgression des interdits, d’un acte
de sorcellerie ou d’un maléfice (« mosavy » ou « natolak’olona »)
et dans ce cas particulier, la personne handicapée est maudite pour les fautes
de ses ancêtres.
De manière générale, pour les
familles le handicap et la différence de l’enfant puis du jeune sont difficiles
à supporter et constituent un « poids » à la fois financier et
social. Les personnes handicapées sont des « niangaran’ny vintana »,
des erreurs de la nature qui n’ont pas les mêmes avantages que les autres. Le
handicap est très souvent perçu comme une malédiction assenée par Dieu ou les
ancêtres en raison d’une faute passée.
Les expressions les plus souvent
citées par la communauté lorsqu’elle aborde la question du handicap sont celles
de l’anormalité, de la gêne et de la pitié. Le handicap est un trouble qui
persiste jusqu’à la mort et qui implique l’échec de la personne dans tous les
aspects de la vie sociale. Les personnes handicapées ne disposent pas des mêmes
capacités, sont lentes et doivent être aidées. De manière générale, les
handicapés moteurs sont mieux perçus que les handicapés mentaux.